Le Chat bleu de France nous en met plein la vue

Extrait de Matou Chat N°04

Par Brigitte Bulard- Cordeau

On l’aime depuis toujours, beau et intelligent, fourrure uniforme, regard de lumière, bon mangeur et grand chasseur… Chat des écrivains, et aussi du général de Gaulle, le Chartreux est surtout le chat des Français. Alors quoi de neuf ? Ayez l’œil. 

C’est l’un des chats de race les plus anciens. Il est introduit sur notre continent par les Croisés en 1254. Le Chartreux est un chasseur hors pair, très apprécié dans les campagnes. Les moines de la Grande Chartreuse l’élèvent dans leur monastère du Dauphiné, ce qui expliquerait son nom de Chartreux. Pure imagination, clament certains, il s’agit d’une belle légende.

Le Chartreux s’impose avec sa fourrure dense, son sous-poil laineux et son poil de loutre. Il séduit les écrivains, à commencer par le poète Joachim du Bellay (1522-1560). C’est lorsqu’il vit à Rome, officiant comme intendant de son oncle le cardinal du Bellay, qu’il découvre ce chat qui le séduit d’office. A l’époque de la Renaissance, on s’émerveille face à ce petit chat gris que l’on présente comme un Chartreux. Néanmoins son poil n’est ni homogène ni uniforme. Dans le poème Epitaphe d’un chat, on le découvre « couvert d’un poil argentin/Ras et poli comme satin/Couché par ondes sur l’échine/ Et blanc dessous comme une hermine. »

Il s’agirait donc d’un chat que l’on appelle aujourd’hui « genre chartreux », c’est-à-dire issu des amours d’un gouttière et d’un Chartreux. La blancheur de son ventre trahit sa naissance. Certes il n’en est pas moins un excellent chasseur de rats et souris, usant de mille manières pour surprendre ces rongeurs « en leurs tanières ».

L’auteur des Regrets éprouvera beaucoup de chagrin lorsqu’il perdra son petit chat gris dont il jugeait la beauté immortelle : « Belaud, qui fut par aventure/Le plus bel œuvre que nature/ Fit onc en matière de chats. »

Il exprime une admiration sans borne pour son chat « Que son pareil, on n’a point vu », en brossant ce portrait devenu illustre :

« Un petit mufle léonin/Autour duquel était plantée/ Une barbelette argentée/Armant d’un petit poil follet/Son musequin damoiselet ».

Le chat bleu n’est pas un chat gris

Le Chartreux frappe les esprits. Buffon le cite dans son Histoire Naturelle, Colette, ne tarit pas d’éloges sur son « petit ours à grosses joues » dans La chatte. Plus tard le Général de Gaulle (1890-1970) vante les mérites de Ringo de Balmalon surnommé Gris Gris, car le chat bleu de France est souvent confondu avec un chat gris.

« C’est le premier chat que je n’effraie pas ! », disait le général fasciné par ce chat qui vivait en famille à La Boisserie. Gris Gris restait dans le bureau, assis sur la table de travail, regardant son maître jouer aux cartes. Il l’accompagnait aussi dans le parc, avait peine à se plier au rythme du grand homme, marchant à grandes enjambées. Confident adoré de Charles de Gaulle, le Chartreux demeura à ses côtés, jusqu’au 9 novembre 1970, date de la mort du président de la République. A l’époque, ceux qui avaient un Chartreux se plaisaient à dire que leur chat était le descendant de Ringo de Balmalon, le gentil Gris Gris du général. Bérangère Bienfait co-auteure du Dictionnaire des chats illustres écrit non sans humour : «  Grâce à la malice, à la tendresse et au tact de ce minet, le Général de Gaulle put enfin dire au peuple des chats : « Je vous ai compris ».

 


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