Rencontre avec BRUNO CORTOT

Extrait de Matou Chat N° 3

Texte de Brigitte Bulard-Cordeau

Ses chats-moines ne sont pas des anges

Ni chanoine, ni chahuteur, Bruno Cortot travaille à l’Atelier du Cloître, en Bourgogne. Il est peintre. Sont-ce Les Vignes du Seigneur qui mettent en joie ses chats moines ? Mi- rabelaisien, mi-romanesque, il a donné une vraie patte à son œuvre.

Croit-il à Dieu ou au Diable ? C’est le Chat qu’il dépeint, actif, truculent, vêtu d’une une robe de moine, ceinturée d’un long chapelet. Aussi a-t-il extirpé les chats des fourches de Satan pour les faire entrer en religion. Ce ne sont pas des anges pour autant. Ils sont très malins, drôlatiques, malicieux, et ne boivent pas que de l’eau.

Le taxi bourguignon en dit long sur la conduite des chats de Bruno Cortot. Voyez cet énorme escargot de Bourgogne -qui va piane va sane-, aux commandes d’un chat chauffeur transportant un congénère avachi et pour le moins éméché. Il tient dans chaque patte les bouteilles, sacrées bouteilles, qui lui ont mis la tête à l’envers.

Bruno Cortot aime marier humour, grotesque, fanfaronnade, mais pourquoi a t-il choisi les chats comme messagers de ses visions fantasmagoriques ?

Son chat Virgule, yeux verts, expert en méditation, est connu comme le loup blanc. Les visiteurs le reconnaissent sur les tableaux exposés à l’Atelier du Cloître, un couvent du début du XVIIe siècle, situé à Beaune, en Côte d’Or. « Quand je suis à l’atelier devant une toile, Virgule me regarde tout le temps que je suis aux pinceaux, Il dort aussi. Mais ne quittera jamais le chevalet avant moi. Virgule est MON chat, tant il me ressemble. Indépendant mais sensible, toujours en train de réfléchir… L’idéal, c’est quand on réfléchit ensemble. Si l’on dit de moi, parfois, que je suis humaniste, lui, alors est « animaliste » ! » Bruno Cortot n’hésite pas à inventer le mot « chatiste ». On a compris que Virgule a de l’influence sur l’œuvre du peintre. Un chat coquin, malicieux. C’est bien ainsi que Bruno Cortot peint le regard des chats.

De La chorale à La religieuse culbutée

Dans le tableau intitulé La chorale, les chats qui ont de la voix, habillés d’un haut à rayures et d’un chapeau pointu, ont les yeux qui brillent, yeux vairons, yeux qui clignent, yeux à lunettes, c’est cocasse. Les choristes au complet tiennent dans leurs pattes l’Ave Maria de Gounod ou bien encore Le Curé de Camaret! Cela pourrait créer des dissonances et pourtant cela ne trouble pas l’harmonie du tableau. Chez Bruno Cortot, on revient toujours à l’univers rabelaisien. Voyez encore La religieuse culbutée, à demi-cachée derrière un tonneau, de l’extase plein les yeux. Et La promenade des chats Gal ? (d’après La promenade de Chagal)) C’est étonnant de la part d’un matou si bien mis, apparemment si bien éduqué, de parvenir, grâce au petit oiseau qu’il tient dans la patte, à faire valser jusqu’au ciel son élégante compagne. L’expression « s’envoyer en l’air » semble être illustrée ici-même.

Est-ce Virgule qui lui donne le mot ? Car dans ses projets, créations, expositions, Bruno Cortot tient compte de l’avis de son chat. « On en parle tous les deux avec le regard uniquement, dit-il. Il est toujours présent à mes côtés, à l’atelier ou au bureau. C’est tout. Quand l’œuvre doit voyager, aller en exposition… Il s’en fout. »

Bruno Cortot a publié une douzaine d’ouvrages poétiques, d’échanges épistolaires, de livres illustrés tel son coffret folios textes/images, intitulé Le cirque Papino. Petits portraits d’animaux,  préfacé par le chanteur Mario Barravecchia. « Je dis souvent aux enfants qu’il faut toujours prendre soin des livres et des animaux car ils sont des amis pour la vie », a- t-il confié.


Suite de l’article,  se procurer le N°3 de Matou Chat


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